Idées reçues (ou non) sur les votes des français

L’idée de Nicolas Quint, sur son blog, d’identifier les liens entre facteurs économiques et le vote m’a semblé intéressante. J’ai donc cherché à la généraliser à l’ensemble du territoire français.

L’accès à tous aux données électorales et économiques au niveau de chaque commune permet de réaliser ce genre de calcul relativement facilement. Nous allons donc les utiliser pour tirer quelques leçons de l’influence de certains paramètres économiques sur le vote des français. Les récentes élections législatives offrent une bonne occasion de se pencher sur ces données. Pourquoi les législatives plutôt que la présidentielle ? La présidentielle est beaucoup plus personnalisée, le vote peut également être plus stratégique et risque donc de davantage biaiser les résultats.

Les données électorales

Les données électorales sont celles que l’association Regards Citoyens a diffusées. Je me suis restreint aux communes ayant plus de 500 inscrits et moins de 50 000 inscrits sur les listes électorales. Ce seuil est évidemment arbitraire mais son rôle est d’éviter les biais dus à un trop faible nombre de votes et, à l’inverse, d’éviter les résultats des grosses communes dont la moyenne des votes ne reflète pas nécessairement la diversité des votes.

Les données économiques

Trois types de données ont été utilisées :

  1. les revenus fiscaux moyens en 2009, par commune ;
  2. le taux de chômage moyen par  commune ;
  3. l’appartenance géographique de chaque commune (rurale ou urbaine, taille de la zone urbaine).

Résultats

Pour faciliter la lecture des résultats, les différents partis ont été regroupés dans trois grandes familles : extrême droite, droite et gauche. Cela permet de contourner les biais dus aux alliances entre différents partis d’un même bord. Les partis inclus dans extrême droite sont ceux classés comme extrême droite et FN par le ministère de l’Intérieur. Ceux dans droite sont les divers droite, le nouveau centre, l’UMP et le parti radical valoisien. Ceux dans gauche sont les divers gauche, le front de gauche, les radicaux de gauche, le parti socialiste et EELV. Ne font pas partie de cette classification en raison de leur faible score : l’alliance centriste, le centre pour la France, les écologistes, les régionalistes, l’extrême gauche, et les autres.

Commençons par regarder l’évolution du vote, dans chaque commune, en fonction du revenu moyen de la commune. Dans le graphique qui suit chaque (petit) point représente une commune alors que les (grosses) lignes représentent la tendance.

Vote dans les communes en fonction du revenu fiscal moyen.

Un autre moyen d’observer ces mêmes données est de regrouper les communes par paquets aux revenus similaires et de regarder le score moyen obtenu aux élections ainsi que le revenu fiscal moyen. Cela a pour effet d’atténuer les valeurs extrêmes qui pouvaient être observées sur le graphique précédent. En revanche les tendances restent semblables.

La gauche fait plus de voix chez les bas revenus, la droite chez les haut revenus et l'extrême droite a une légère tendance à la baisse avec la montée des revenus.C’est sans grande surprise qu’on constate que la droite fait ses meilleurs scores dans les communes les plus riches, à l’inverse de la gauche. L’extrême droite, elle, a également des scores plus faibles dans les communes riches.

Le lien est évidemment fort entre revenu moyen et taux de chômage dans une commune. Afin de ne pas se retrouver totalement avec les mêmes graphiques, il a fallu se restreindre à une tranche de revenus et analyser le vote en fonction du chômage pour cette tranche de revenus. Les trois graphiques qui suivent présentent donc les votes pour la gauche, la droite et l’extrême droite en fonction du chômage pour les revenus allant de 15 000 à 20 000 €, de 20 0000 à 25 000 € et de 25 000 à 30 000 €.

Là non plus, on ne peut pas dire que les résultats soient une très grande surprise. Plus le chômage est élevé, plus la gauche fait de meilleurs scores (à l’inverse de la droite). L’extrême droite suit la même tendance en particulier dans les communes aux plus faibles revenus, ça n’est plus vrai dans les communes à plus hauts revenus.

Enfin il nous reste à analyser le vote en fonction de la taille et de l’entourage de la commune. L’INSEE propose une classification des communes en neuf « tranches d’unité urbaine », qui sont reprises dans le graphique suivant. La classification dépend de l’appartenance d’une commune à une unité urbaine et du nombre d’habitants dans cette unité urbaine. Le vote moyen pour chaque bord est calculé en fonction de la tranche d’unité urbaine.

Cette fois les tendances sont moins marquées mais on peut malgré tout observer quelque chose de relativement connu. À savoir que la gauche réalise de meilleures scores dans les zones plus urbaines à l’inverse de la droite qui est meilleure en zone rurale. En revanche les scores de l’extrême droite, et c’est relativement surprenant, ne semblent pas réellement dépendre de l’unité urbaine, en dehors des grandes unités urbaines. Le pic pour les unités urbaines regroupant de 200 000 à 2 000 000 d’habitants pour les votes à l’extrême droite reste également énigmatique.

Détails techniques

Les données des impôts étant quelque peu fastidieuses à télécharger à la main (un fichier par département), une automatisation de la tâche est évidemment la bienvenue. De plus le format proposé est un format appartenant à une entreprise (format XLS). Pour les personnes intéressées par ces données, je propose une archive contenant l’ensemble des fichiers pour chaque département français, en format CSV.

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