Profit à tout prix (11) : raréfaction des ressources renouvelables

Lorsqu’on n’y réfléchit pas, on a trop souvent tendance à entendre dans « ressource renouvelable » une sorte de corne d’abondance dans laquelle il serait possible de puiser sans fin. Si ces ressources sont certes plus appréciables que les minerais, par exemple, dont le stock est fixé et ne peut que diminuer au fur et à mesure où nous les consommons, elles ne sont pas magiques pour autant. La consommation d’une ressources renouvelable à un rythme plus élevé que son renouvellement entraîne une diminution de la ressource, puis sa disparition si rien n’est fait.

Le mammouth constitue l’un des premiers exemples. Si le mammouth est bien renouvelable, il n’a pas survécu car il a été chassé plus rapidement qu’il ne se reproduisait.

Énergie solaire

Il est courant d’entendre dire qu’il arrive sur Terre chaque année 6000 fois l’énergie que l’humanité entière utilise. C’est tout à fait exact1 mais ça sous entend qu’on a une quantité d’énergie à notre disposition qui est très importante (plusieurs milliers de fois nos besoins). Ça pose en fait différents problèmes.

Si nous sommes dans un modèle où nous voulons toujours plus, il arrive de toute façon un moment où notre consommation d’énergie sera supérieure à ce que reçoit la Terre du Soleil. En considérant une croissance de notre consommation d’énergie au niveau mondial de 3% par an (ce qui n’a rien d’illusoire pour des personnes défendant un modèle du toujours plus), nous dépasserons cette limite en un peu moins de trois siècles seulement… la magie des exponentielles.

Pluie, photosynthèse, agriculture : l’énergie solaire inexploitée ?
CC BY NC PixelPlacebo

Mais surtout l’énergie solaire est déjà largement utilisée pour d’autres usages. Elle nous chauffe gratuitement, nous et les plantes et animaux à la surface de la Terre. Les végétaux ont aussi besoin de Soleil pour leur bonne croissance, via la photosynthèse, pour laquelle le Soleil est indispensable. À l’heure actuelle environ un tiers des terres émergées sert à l’agriculture, un autre tiers est couvert de forêts, environ 17% sont des zones arbustives ou herbeuses et enfin 16% constituent le reste (roches, glaces, neige, déserts, …). À moins de vouloir supprimer les champs au profit des panneaux solaires, de vouloir déforester à tout va pour produire de l’énergie issue du Soleil, il n’y a qu’une faible part des terres émergées qui pourrait être exploitée pour récupérer l’énergie solaire. Et encore, on ne tient pas compte ici de la nécessaire augmentation des surfaces cultivées dans le futur.

De plus l’énergie solaire, avant d’être utilisée par l’Homme remplit d’autres rôles. Par exemple, le Soleil provoque l’évaporation de masses d’eau créant les nuages et provoquant plus loin des précipitations, sans lesquelles tout vie végétale serait illusoire. Enfin l’énergie solaire est indispensable pour créer des courants marins ou des vents là aussi indispensables pour la dissémination de pollen ou des espèces. Bref nous voyons bien que cette énergie phénoménale qui nous provient de notre étoile est loin d’être disponible à 100% et est déjà largement exploitée directement ou indirectement. Alors bien sûr nous pouvons exploiter une partie de l’énergie qui nous provient de notre Soleil mais il ne peut s’agir que d’une partie négligeable de ce qui arrive sur Terre à chaque instant. Dans le cas contraire nous prendrions le risque de modifier les équilibres existants (courants marins, précipitations, vents, climat local, …) dans un sens que nous sommes loin de maîtriser.

Il faut se faire une raison :

  • nous ne pourrons pas avoir toujours plus d’énergie pour répondre à nos besoins;
  • il n’existe pas de gisement miraculeux, caché !

Et l’eau?

S’il est une ressource indispensable à la vie, c’est bien l’eau. Il pourrait paraître farfelu de dire que les ressources en eau sont critiques alors que notre planète est couverte à environ 70% d’eau. Cependant toute cette eau n’est pas propre à la consommation, loin de là. Seule 3% de l’eau est de l’eau douce. Et encore… les deux tiers de celle-ci est gelée!

L’eau nous sert de boisson quotidienne, mais ce n’est là qu’une infime fraction de l’eau que nous utilisons quotidiennement (sans le savoir). L’usage domestique représente une proportion un peu plus importante (pour la douche, la machine à laver, les toilettes, …). Un français consomme en moyenne 150 litres d’eau par jour. Mais il y a aussi toutes les utilisations cachées de l’eau. Ainsi l’agriculture est une grande consommatrice d’eau afin de produire les aliments qui nous sont nécessaires. Par exemple un kilo de pain nécessite environ 1300 litres d’eau, un kilo de bœuf environ 15000 litres, un litre de lait environ 1000 litres, un kilo de sucre environ 1500 litres et une tasse de café environ 140 litres d’eau. L’agriculture représente donc 70% de la consommation d’eau douce.

Les ressources en eau de la planète sont mises à rude épreuve à cause de notre mode de consommation et en raison de l’utilisation d’eau dans des régions qui sont pourtant plutôt mal pourvues, ou de l’accaparement au profit de quelques-uns.

En fait, sur la planète, tous les réservoirs d’eau ne sont pas renouvelables (à une échelle de temps courte), or l’utilisation d’eau non renouvelable pour l’agriculture est préoccupante et extrêmement dangereuse puisque les conséquences seront dramatiques lorsque ces réserves seront épuisées. L’extraction de ressources peut également nécessiter beaucoup d’eau, comme l’illustrent les manques d’eau aux États-Unis pour l’extraction de gaz ou pétrole de roches mères (extraction qui peut se faire au détriment de l’agriculture !), ou les demandes faramineuses en eau (environ un cinquième de la consommation chinoise actuelle en eau) des futures extractions de charbon en Chine, qui là aussi pourraient mettre en péril l’agriculture locale. C’est environ la moitié de l’humanité qui vit dans des pays surexploitant leurs ressources en eau. Lorsque ces ressources auront dépassé leurs limites, l’agriculture ne pourra plus continuer comme avant, en particulier la culture de céréales ou de coton, et des problèmes d’approvisionnement se feront sentir.

Et dans l’eau?

Information is Beautiful on vanishing fish stocks

État des ressources halieutiques en 1900 et en 2000. Tout va bien ? Infographie de informationisbeautiful.

Une autre ressource renouvelable concerne, cette fois, la faune : les animaux. Si, sur terre, notre consommation d’animaux sauvages est désormais assez limitée, ce n’est pas le cas dans les mers.

Plus de la moitié des poissons consommés proviennent de la pêche et sont donc sauvages. Or d’après un rapport de la FAO de 2012, 57% des stocks de poissons sont exploités à leur maximum et 29,9% sont surexploités. C’est la grande majorité des espèces de poissons qui sont concernées par cette surpêche, environ 77% des espèces le sont. L’Atlantique nord est devenu une zone quasiment vierge, en comparaison à 1900. Après avoir dilapidé les stocks chez eux, les pays riches viennent exploiter ceux des pays pauvres. Ils y sont majoritaires dans un tiers d’entre eux. Une fois que les espèces ont disparu, il n’y a plus aucun espoir pour qu’elles réapparaissent magiquement… De l’intérêt de pêcher de manière raisonnée.

Même l’aquaculture n’est pas nécessairement une solution. D’une part, comme sur terre, l’élevage intensif pose des problèmes de pollutions et de développements de parasites. D’autre part 13,6% des prises de poissons sauvages sont utilisées entre autres pour la fabrication de farine de poisson ou l’extraction d’huile qui servira à nourrir les animaux, et en majorité les poissons d’élevage. De plus l’élevage de poissons carnivores, tels que le saumon ou la truite, reposent lourdement sur la pêche car ceux-ci mangent évidemment des poissons. Il faut donc nourrir les poissons d’élevage avec des poissons qui ont été pêchés ! Un saumon sera alors nourri avec quasiment 5 fois plus de poisson qu’il n’en produira lui-même, pour la truite et l’anguille, autour de 3,5 fois.

Conclusion

Il est impossible de puiser dans quelque ressource que ce soit en considérant qu’elle est inépuisable. Toutes les ressources peuvent disparaître si nous n’y prenons pas garde. Les ressources non renouvelables doivent être consommées aussi parcimonieusement que possible, sachant que tout ce que nous consommerons aujourd’hui ne sera plus disponible pour les générations futures.

Quand aux ressources renouvelables, si nous pouvons (et devons) nous appuyer fortement dessus dans le cadre d’un monde plus soutenable, il est indispensable de faire attention à ne pas exploiter trop intensivement de telles ressources qui risqueraient alors de disparaître également.

  1. Le nombre varie selon les sources, mais l’ordre de grandeur reste le même. []

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