Profit à tout prix (10) : raréfaction des ressources

La production de tout bien ou service entraîne la consommation de ressources naturelles. Or ces ressources ne sont pas infinies. La Terre, tel un vaisseau spatial, est « partie » avec un stock donné de ressources naturelles (minerais, énergies fossiles, …). Si nous les consommons toutes avant la fin du périple, nous allons évidemment vers de sérieuses déconvenues. Certaines ressources sont renouvelables mais attention à ne pas confondre renouvelable avec infinie. À vrai dire, les énergies fossiles sont des ressources renouvelables mais leur renouvellement se fait à un rythme très lent (de l’ordre de la centaine de millions d’années). D’autres ressources sont renouvelables telle la biomasse (les forêts en particulier), mais également les ressources animales (animaux sauvages, poissons en particulier).

La bonne gestion de ces ressources est indispensable afin de permettre aux générations futures, et à l’ensemble des humains sur la planète de bénéficier d’une vie agréable. La surconsommation actuelle dilapide les ressources de manière égoïste sans penser aux conséquences pour les générations futures.

Énergies fossiles

CC BY NC SA London Commodity Markets

CC BY NC SA London Commodity Markets

Les énergies fossiles représentent l’ensemble des ressources qui ont été générées à partir de déchets organiques (plantes et animaux morts). La « macération » de ces déchets dans certaines conditions de température, et de pression conduit, après quelques centaines de millions d’années, à la production d’énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon).

Ces énergies fossiles ont permis l’avènement des deux premières révolutions industrielles et ont même évité une déforestation de la totalité de l’Europe (l’utilisation du bois ayant été remplacée par la houille).

Toute notre économie actuelle se fonde sur ces énergies (elles représentent 80% de la production mondiale d’énergie). Ce sont les énergies fossiles qui ont permis une explosion des rendements dans l’agriculture, par exemple. L’utilisation de machines outils (propulsées avec de l’essence) et des engrais et pesticides (produits pétrochimiques) ont permis à une même personne de cultiver une surface agricole bien plus importante, avec une main d’œuvre beaucoup plus faible. C’est pour cela que la productivité horaire de l’agriculture française a été multipliée par près de 40 entre 1950 et 2010 (voir figure ci-dessous).

Productivité horaire de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche en France, entre 1950 et 2010

Aux États-Unis d’Amérique, l’agriculture nécessite 50 fois plus d’énergie que celle du temps des Cherokee. Dit autrement, l’énergie apportée aux hommes par la nourriture est 10 fois inférieure à celle nécessaire pour cultiver cette même nourriture. En Europe occidentale, la situation est même pire puisqu’il faut deux fois plus d’énergie qu’aux États-Unis d’Amérique pour produire un kilogramme de céréales. Le productivité horaire n’est pourtant pas meilleure. Cette utilisation accrue d’énergie s’explique par une plus petite surface disponible, qu’il est nécessaire d’utiliser au maximum.

Cette explosion de la productivité agricole a permis un changement dans les habitudes alimentaires sur lequel nous reviendrons plus tard. Elle a aussi entraîné un exode rural massif (la population urbaine en France est passée de 62% à 77% entre 1960 et 2008). Cela a permis de « libérer des bras » qui ont pu être occupés à d’autre tâches (dans les services par exemple). L’enseignement démocratisé à l’ensemble de la population est une conséquence directe de cet exode rural. Pour cela, il est indispensable d’avoir un grand nombre de personnes disponibles pour enseigner mais également les jeunes ne doivent pas être réquisitionnés pour travailler dans les champs. Alors qu’en 1970 les hommes de plus de 25 ans avaient passé 6,2 années de leur vie à être élèves ou étudiants, c’était 10,5 années en 2009. Pour les femmes, c’était 5,7 ans en 1970 et 10,5 ans en 2009.

Or l’utilisation massive des énergies fossiles nous a amené à consommer environ la moitié des ressources en pétrole de la planète. La date à laquelle la production de pétrole va commencer à stagner voire diminuer est sans doute très proche et en tout cas inférieur à 10 ans (si ça n’est pas déjà passé).

Les conséquences directes de cette raréfaction du pétrole sont une explosion de son prix: le baril de pétrole est passé de moins de 10$ en 1999 à quasiment 150$ en 2008.

CC BY NC ND vistavision

En dehors des conséquences sur le prix de l’essence, la raréfaction du pétrole a des conséquences beaucoup plus graves. Le renchérissement du pétrole rend plus rentable des sources d’énergies alternatives, telles que les agrocarburants. Aux États-Unis d’Amérique, la majorité du maïs sert désormais à faire rouler des voitures… Or le maïs, et d’autres céréales, avant de remplir des réservoirs d’essence, servent avant tout à nourrir des humains (ou, plus exactement, à nourrir des animaux domestiques, qui vont nourrir des humains).

À travers les deux éléments détaillés ci-dessus (recours au pétrole pour l’agriculture intensive, et utilisation de ressources alimentaires comme carburant), nous avons deux éléments importants permettant d’expliquer le lien entre prix des denrées alimentaires et prix du pétrole. Les charges d’une exploitation peuvent dépendre jusqu’à un peu moins de 50% du pétrole.

La flambée des prix alimentaires est largement due au coût du pétrole, ce coût étant lui même dû à une raréfaction de la ressource (voir la figure ci-dessous).

Les prix de la nourriture sont stables entre 1990 et 2005 et augmentent ensuite. Les prix du pétrole augmentent à partir de 1999

Les prix de la nourriture augmentent après ceux du pétrole

En conséquence de cette augmentation des prix, le monde a connu de nombreuses émeutes de la faim, menant aux révolutions dites du printemps arabe (de 2011). En dehors de ces révolutions du peuple face à un coût de la vie trop élevé, les États également tâchent de prendre les devants et de se prémunir d’un appauvrissement de l’approvisionnement en pétrole pour leur propre compte. En effet, si le pétrole est utilisé pour le transport et l’agriculture, son usage est bien plus large. Les guerres d’Irak et de Lybie sont de bonnes illustrations des conflits armés dont une cause est l’accaparement des ressources en pétrole. En ce qui concerne le futur, les armées américaine, allemande ou l’AIE (agence internationale à l’énergie) craignent de nouvelles guerres dues aux problèmes d’accès à l’énergie.

Notre surconsommation entraîne une consommation effrénée de ressources fossiles depuis le début de la première révolution industrielle, nous rend fortement dépendant à ces ressources, provoque un réchauffement climatique (que les industries pétrolières contribuent assez largement à minimiser), et prive toutes les générations futures d’une utilisation (raisonnée) de ces ressources.

Minerais

Les énergies fossiles ne sont pas isolées, l’ensemble des minerais sont en fait dans une situation comparable. Pire, même, car les énergies fossiles se renouvellent (très lentement) ce qui n’est pas le cas pour les minerais, dont nous avons un stock qui ne peut que diminuer au fur et à mesure que nous l’utilisons.

Deux chercheurs italiens se sont intéressés à la situation des minerais dans le monde. Pour cela, ils ont utilisé la base de données américaine USGS. Leur conclusion est que la production a atteint un maximum (et donc ne pourra plus augmenter) pour onze minerais parmi lesquels, le mercure, le tellurium, le plomb, le cadmium, la potasse (utilisée pour les engrais), le phosphorite (idem), … On pourrait ajouter le phosphore, largement utilisé dans l’agriculture, dont la surconsommation est liée à celle de la viande.

Madascar graphite — CC BY University of Exeter

Le graphite fait également partie de la liste des minerais en voie d’extinction. Le graphite est utilisé notamment dans les raquettes et les clubs de golf, ah oui et également les panneaux solaires, les centrales nucléaires, et dans le secteur automobile (notamment pour les batteries des véhicules hybrides ou électriques).

Il est bien évident que dans de telles conditions, il devient plus compliqué de vouloir produire toujours plus alors que certains minéraux deviennent plus rares qu’auparavant. L’Europe semble l’avoir compris mais la conclusion tirée est stupéfiante! Il faut creuser plus, pour extraire d’autres minerais! Comprendront-ils qu’en allant toujours plus profond, nous dépensons plus d’énergie pour extraire la même quantité de minerai, et un jour, quoi qu’il arrive, il ne restera plus grand chose à extraire!

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