Je saisis le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) concernant une affirmation erronée tenue dans une interview pour l'Express et non corrigée par le média.
Dans l'interview, l'épidémiologiste retraitée Catherine Hill affirme qu'aucune étude ne met en évidence une augmentation du risque de cancers associée à une exposition à des résidus de pesticides dans l'alimentation.
Cette affirmation est erronée car plusieurs études mettent en évidence une telle association :
- deux cohortes identifient un sous risque de lymphomes non hodgkiniens chez les personnes mangeant le plus bio, donc un sur-risque chez les personnes mangeant le moins bio et donc plus exposées à des résidus de pesticides : https://www.nature.com/articles/bjc2014148 et https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/fullarticle/2707948 (en effet le HCSP affirme que le moyen le plus efficace de réduire son exposition aux pesticides est de consommer des fruits et légumes bio : https://www.hcsp.fr/Explore.cgi/Telecharger?NomFichier=hcspr20250610_recommpourleepnns.pdf)
- une synthèse de la littérature scientifique publiée en 2023 identifie trois études portant sur les résidus de pesticides et le développement de cancers, dont voici un extrait de la conclusions : « Overall — although not many — studies were of high quality and suggested a role of pesticide exposure through food on health, in particular, risk of cancer and subsequent mortality » https://link.springer.com/article/10.1186/s12940-023-01020-8
- une autre synthèse de la littérature scientifique publiée en 2021 identifie également un sur-risque de leucémies chez l'enfant lorsque leurs mères ont été exposées dans leur environnement à des résidus de pesticides pendant la grossesse https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0269749121009581
Il n'est pas ici question de controverse scientifique : ce n'est pas l'importance qu'il faut donner à ces études qui est discutée mais leur existence même. Or leur existence est établie par le seul fait d'être en mesure de les citer et de citer des synthèses de la littérature sur ces sujets, il y a donc bien un consensus scientifique pour affirmer que de telles études existent. L'Express publie donc un déni des connaissances scientifiques tel que sanctionné dans les avis 24-009, 24-052, 24-171, voire 23-106. Comme indiqué dans les avis 23-037 et 24-009, le média laisse l'interviewée tenir les propos fallacieux et ne les conteste aucunement. Loin de mettre à distance des propos inexacts contraires à la véracité des faits tenus par Mme Hill, l'Express fait le choix de mettre en avant « le rôle des pesticides » dans le titre et donc d'attirer les lecteurs et les lectrices notamment pour lire cette fausse information puisqu'il s'agit de la seule question sur les pesticides.